Le jour est tombé quand elle frappe à l’arrière du magasin. Plusieurs coups répétés. Elle s’excuse pour le dérangement, c’est pas des heures mais c’est plus fort que tout.
- Un pack de bière… même deux.
- Il m’en reste qu’un.
- Et dans la réserve ? Des fois y en a.
Elle repart, les cartons sous le bras. Traverse la nationale, une ombre entre les phares des voitures qui tracent leur route.
Au matin, sa démarche moins sûre que la veille. Le visage fatigué qui tire sur le gris. Des yeux creusés par les cernes, rides naissantes jusqu’aux pommettes.
- Y en aura ce soir ? Ou bien, je m’arrange autrement.
Quand le jour s’éteint, elle débarque sur le parking. Attend que le rideau de fer soit baissé, emmitouflée dans son anorak. Regards furtifs pour repérer qui est dans la réserve. La monnaie préparée, le compte exact pour ne pas s’attarder. Et rester en retrait, au seuil de la porte pour éviter la lumière crue. Le néon blafard au plafond, ça ne pardonne pas. Sa peau légèrement boursouflée sous les yeux, un peu de couperose sur les joues, filaments veineux, les joues violacées.
- Il m’en faut quatre si c’est fermé demain. Tiens, je prends l’autre marque, vous savez, moins chère.
Ça pourrait suffire à combler la nuit. Mais trois heures plus tard, la même. Ça tangue un peu et les mots s’embrouillent. Mains hésitantes pour prendre les packs, regard fuyant pour payer. Elle est loin déjà, de l’autre côté. Sa silhouette danse quand elle tourne au coin de la rue.