lundi 22 novembre 2010

Du plomb dans l'elle

L’horizon chargé quand j’arrive à la cabane. Mon regard vrille sur son cou en angle droit. Une corolle violette s’étend sur la cassure, une tache de sang séché, profonde. Un trou. Bec à terre sur le parquet, ses plumes, un camaïeu sombre. Impact nauséeux dans l’estomac. Une chaleur de plomb m’étreint. La soif qui ravine, regard crispé sur la tache, douloureuse. A côté, d’autres perdrix, des faisans, pigeons, palombes rangées par espèces. Du gibier. Des oiseaux morts. Je les revois déployés, fendant l’air au-dessus des marais, battre de l’aile aux détonations des fusils. Leurs gémissements quand ils dégringolent jusqu’à terre. Les chiens qui détalent aux cris de leurs maîtres pour ramener les proies serrées dans la gueule. Maintenant, l’heure du partage. Ils sont là, en cercle, soldats de plomb. Un mètre quatre-vingt au moins, des armoires. Deux têtes de plus que moi. Un silence lourd, épais comme une attente. Ils discutent, qui veut quoi, des arrangements. La soif encore, mes poumons se vident, l’air manque. Toujours cette tache, chair violetée, vineuse. Dégoulinante. Un ciel violacé à mes yeux, compact, saturé. Un écran de fureur qui envahit tout. En finir... Leur voler dans les plumes, leur mettre du plomb dans la tête. Les éclater, tous. Mon ventre brûle, un liquide chaud coule le long de mes jambes. « Pisseuse, tu pleureras moins. » Des rires moqueurs.Mes doigts engourdis sur le métal froid des fusils. Canon à l’horizontal, le claquement sec du fusil refermé. Je vise dans le tas. Chaque coup porté une décharge nerveuse le long de ma colonne. La douleur du fusil qui cogne le creux de l’épaule. Appuyer sur la détente encore. Ils tombent comme des mouches. Les voir enfin là, terrassés. Leurs yeux comme des cigares éteints.
Myriam Linguanotto

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